Rencontre très drôle avec Frank Feutré et ses histoires de coeur


Frank Feutré est venu frappé à notre porte, il avait beaucoup de choses à nous dire. Nous avons tellement aimé sa voix que nous l’avons écouté jusqu’au bout. Il évoque la conception de son album, la langue « yogourt », Elvis Presley, son Ziguigui, son dentiste, une gourgandine, la spéculation financière : en somme une interview des plus banales.


  • Bonjour Frank Feutré, merci d’avoir accepté cette interview. Alors, dites-nous tout : qui est Frank Feutré ?

 

Frank Feutré est un personnage fictif créé en 1998, dans le nord de la France, par deux amis musiciens, Gaëtan Dejaegere et Benjamin Bleuez.

 

Frank faisait partie de notre quotidien mais ne jouait aucun rôle dans nos projets musicaux, il était juste présent pour nous divertir. En 2005, j’ai commencé à enregistrer mes morceaux plus régulièrement à la maison et très naturellement, Frank Feutré est devenu l’auteur de mon projet, sans doute parce que je n’assumais pas tout à fait ma musique !

 

Aujourd’hui, j’écris toujours sous le pseudonyme de Frank Feutré pour deux raisons : la quasi-totalité de mes histoires sont réelles mais racontées dans un contexte imaginaire et je suis entouré d’amis musiciens qui orchestrent le projet depuis plusieurs années à Montréal (Hannah Rahimi/Arnaud Gros-Burdet/Einar Jullum Leiknes et Terrence Lacroix).
  • Vous avez intitulé votre dernier Ep Aime moi tendre : y a-t-il un rapport avec Love me tender d’Elvis Presley ? Comment vous est venu ce titre ?

 

Oui, Aime moi tendre est un clin d’œil à Love me tender d’Elvis Presley et au film français La classe américaine : le grand détournement, lorsque George Abitbol (John Wayne) rencontre un « putain d’énergumène » (Elvis Presley) dans sa chambre d’hôtel.

 

Aime moi tendre raconte les différentes phases possibles d’une relation amoureuse ; de l’amour à la séparation, en passant par la découverte de l’autre, la dépendance, la jalousie, et la tentative de sauvetage du couple.

 

  • Qui sont Orge et Sorgho ? Quelle est l’autre langue dans laquelle vous chantez dans ce morceau ?

 

Comme beaucoup de compositeurs, il m’arrive d’écrire la mélodie avant le texte. Je chante alors la célèbre langue du « yogourt » en attendant que le thème et les paroles me viennent.

 

Mais dans certaines chansons, ou parties de chansons, l’utilisation d’un dialecte inventé me semble plus approprié et m’offre plus de liberté et de spontanéité. J’aime aussi l’idée qu’en concert, chaque version devient unique car je ne rechante jamais le même dialecte.

 

Orge et Sorgho est la première chanson du EP, une histoire d’amour triangulaire entre moi et deux céréales qui servent à la fabrication de la meilleur boisson du monde : la bière. Une fois ingurgitée, elle nous enivre et à forte dose, elle nous gonfle la bedaine jusqu’à nous cacher la vue du ziguigui.

 

La partie dialectale d’Orge et Sorgho correspond à la rêverie et à l’ivresse causée par les céréales.
  • Mésaline, c’est une Messaline contemporaine ? Ce morceau est très mystérieux, on veut en savoir plus sur Mésaline, qui est-elle ?

 

Mésaline est la quatrième pièce de l’EP, c’est la phase de jalousie. Je suis chez le dentiste, allongé et aveuglé, la bouche ouverte. Tandis que le docteur tente de me rassurer avec des mots doux comme « le nerf est mort », « il faut percer », « 2000 $ », je commence tranquillement à m’évanouir. Dans la pièce, ma femme s’inquiète et cherche à me ramener à la vie. Plus je m’endors et plus je me rapproche de Mésaline qui me fait signe de la suivre en agitant sa robe légère et lumineuse. Plus ma femme prie et plus elle me ramène à la vie en chassant la gourgandine.
  • La recherche poétique au niveau de l’écriture est indéniable : qu’est-ce qui vous inspire ? Vous avez des influences précises au niveau de l’écriture ?

 

Les histoires, énigmes, mots-valises, non-sens et jeux de mots de Charles Dodgson (Lewis Carroll) m’ont sans doute beaucoup influencé. Sinon, l’écriture et la musique de Bashung, les paroles et la diction de Bobby Lapointe, l’univers musical de Robert Wyatt et des 60’s, 70’s m’inspirent et m’influencent en général. Même si mon style d’écriture est plutôt poétique, je ne m’inspire pas vraiment de la poésie pour écrire. J’ai toujours préféré Brel et Brassens à Léo Ferré, je suis plus un amateur de biographies que de poésie.
  • Dans le morceau « Babel », vous célébrez le multilinguisme et chantez dans plusieurs langues, il y a tout de même une dominante francophone dans vos textes : qu’est-ce qui vous motive à chanter en français ? N’avez-vous pas été tentés par l’anglais comme la plupart des groupes émergents ?

 

Ce n’est pas naturel pour moi de chanter en anglais mais je n’ai aucun problème avec les artistes francophones qui chantent en anglais. Je pense au groupe Syd Matters, leurs chansons n’auraient pas le même impact si elles étaient chantées en français. Mais en réalité, je me fous un peu de la langue employée, si elle est assumée et que la chanson est bien écrite, la langue devient universelle. Lorsque l’on est enfant, on invente ou on répète les paroles de chansons que l’on aime sans les comprendre, juste parce que la mélodie nous touche. C’est d’ailleurs une bonne façon d’apprendre une langue.

 

  • Le Canada est le pays le plus foisonnant en matière de musiques francophones et est celui qui donne le plus de visibilité aux artistes francophones et notamment aux chansons francophones : vous avez une idée de ce qui motive cet engouement pour les scènes francophones ?

 

C’est vrai qu’au Québec, où la langue officielle est le français, de nombreux artistes francophones émergent. Les gens d’ici sont fiers de parler le français et même si nous (les français de France) parlons la même langue, nous n’avons pas la même culture, pas les mêmes références, pas les mêmes histoires ni les mêmes anecdotes à raconter. Il existe un son propre aux artistes francophones québécois. Les Cowboys Fringants, Pierre Lapointe ou Cœur de pirate sont bien connus en France mais beaucoup d’autres artistes, largement aussi bons, représentent la scène québécoise.

 

Aussi, beaucoup d’organismes subventionnés donnent naissance à des concours partout dans la province et ceux-ci encouragent, ou plutôt obligent les participants à écrire et à chanter en français. Des prix alléchants comme des ateliers-formations, de la visibilité, des concerts, des enregistrements ou de l’argent sont offerts à ces artistes de la relève.
Les vitrines se multiplient pour des artistes de plus en plus capables de s’autoproduire de façon professionnelle.

 

  • Vous avez quoi de prévu pour 2015 ? Un album ? Des festivals ? Une tournée en France ?

 

En ce moment, on répète de nouveaux morceaux, on joue de temps en temps dans les bars montréalais et on serait ravis de se faire inviter pour une tournée en France !
De mon côté, je termine un projet documentaire audio sur la spéculation financière et le caca. Ça va s’appeler Cac40, je le présenterai sous forme d’un disque de presque 40 minutes divisées en huit Cacs et avec comme direction musicale le Crotterock.

 

  • Pour finir, je vais vous poser nos trois petites questions habituelles : que pensez-vous des chansons francophones de nos jours ?

 

J’ai du mal à être séduit par la chanson en ce moment. Mais dernièrement, j’ai beaucoup aimé Musique post-bourgeoise, un projet authentique en plusieurs dimensions.

 

  • Quelles sont vos influences en musiques francophones ?

 

Il y a dix ans, c’était Alain Souchon, Thomas Fersen, Gainsbourg, Mathieu Boogaerts, Noir Désir. Aujourd’hui, ce serait plus Aquaserge, Rien, Dorian Pimpernel, Bashung et toujours Gainsbourg.

 

  • Et enfin, avez-vous des scènes francophones à nous recommander ?

 

Philippe Brach au Québec et Musique post-bourgeoise en France.



 

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