Rencontre avec Gisèle Pape pour la sortie de son 1er Ep, Oiseau


Gisèle Pape a sorti en début de semaine son 1er Ep, Oiseau. Empli de poésie, Oiseau est un petit bijou qui transporte l’auditeur dans une nature merveilleuse où la réalité menace de sa noirceur. Pour découvrir au mieux l’univers de l’artiste aux multiples talents et décrypter son 1er Ep, nous sommes allés lui poser quelques questions. 


  • Bonjour Gisèle Pape, merci d’avoir accepté de répondre à nos quelques questions. Pour commencer cette entrevue, pouvez-vous vous présenter rapidement ? J’ai vu sur votre site que vous avez un parcours musical impressionnant !

Impressionnant, je ne sais pas, mais qui a emprunté beaucoup de chemins de traverse, ça oui ! J’ai commencé par le conservatoire quand j’étais petite, je faisais de l’orgue liturgique. Je me suis mise à la guitare pendant mes études de cinéma, et le chant est venu tout à la fin. C’est étonnant car c’est maintenant l’instrument que je préfère de loin, et avec lequel je me sens le plus à l’aise. Je pense aussi qu’alliant le texte et la mélodie, c’est celui qui me permet de m’exprimer le mieux.

Et puis j’aime beaucoup apprendre et expérimenter, ce qui m’a menée à explorer beaucoup de choses avant que mon projet actuel se concrétise. J’ai longtemps été dans des formes plus expérimentales, plus diluées dans le temps, et à un moment donné, j’ai eu envie d’écrire en français sur des formats plus courts, et les chansons se sont créées peu à peu. Je viens de sortir mon premier EP, Oiseau. On dit de ce disque qu’il est très personnel, ça doit être le résultat de ce parcours musical sinueux !

  • Le morceau « Encore » qui ouvre votre Ep est d’une poésie incroyable. Pouvez-vous nous parler de ce morceau ?

« Encore » est un morceau assez particulier pour moi car il s’est en quelque sorte imposé tout seul. J’ai composé sa première version très vite, presque d’une traite, la musique comme les paroles. Je suis partie d’une boucle de guitare mêlée à des oiseaux que j’avais enregistrés au Brésil et la chanson s’est déroulée d’elle-même, je l’ai presque regardée faire ! Et quand je l’ai finie, je me suis dit, voilà c’est ça, c’est cette musique-là que j’ai envie de faire. « Encore » a marqué le début de quelque chose. Je crois que la poésie de ce morceau réside sur ce mélange de douceur et de tension dont il est imprégné, avec ma voix un peu fragile, en équilibre sur la boucle et le synthé. Il y a peu de choses dans ce morceau. C’est peut-être cette simplicité qui touche.

  • Vous venez de sortir votre premier Ep intitulé Oiseau, pouvez-vous nous éclairer sur le choix du titre de l’Ep ?

A la fin du mastering on m’a demandé le titre de l’EP, et j’ai dit « Oiseau ». Je ne me l’étais pas vraiment formulé avant mais c’était évident, je n’ai pas trop réfléchi. Dans l’écriture, j’avais très souvent ce mot qui revenait, cette idée de l’oiseau qui survole nos vies très humaines, ce désir de s’échapper parfois de soi pour prendre un peu de hauteur. C’est un disque où la nature revient assez souvent, comment les hommes la traversent, dans des temporalités très différentes. Et puis je trouve ce mot très beau, Oiseau, je ne sais pas s’il est léger parce qu’il comporte cinq voyelles pour une seule consonne ou si on l’entend léger parce que dans notre imaginaire les oiseaux le sont.

  • Dans la mythologie, les sirènes sont des êtres mortifères qui envoûtent les hommes par leur chant pour les emporter des les tréfonds des mers et les dévorer. Vous, vous montrez une autre facette du personnage antique, votre chanson se rapproche de la complainte : parlez-nous de la chanson « Sirène ».

Oui, je me suis plus inspirée du conte d’Andersen que de la version mythologique. Ce qui m’intéressait, c’était ce moment où la Sirène peut décider d’aller sur terre, de sortir des eaux, mais à condition d’y laisser sa voix. C’est pour cela que j’ai choisi de raconter l’histoire du point de vue de la Sorcière, qui lui propose ce pacte très cruel. C’est une chanson sur le désir d’inconnu, sur ce qui peut nous attirer très fort même si on sait pertinemment qu’on va y laisser une partie de nous-même.

  • Est-ce que le genre de la chanson correspond de près ou de loin à votre style musical ? Est-ce que cette appellation vous gène – nous avons remarqué que les artistes craignent cette catégorisation – ?

J’ai commencé à écouter de la chanson assez tard. Je pense que comme d’autres musiciens qui écrivent maintenant en français, mes premières et principales influences étaient de la musique anglophone indé, et j’avais une vision de la chanson un peu traditionnelle, genre chanson à textes très réalistes, avec des instrumentations assez conventionnelles. Mais maintenant, je trouve que les choses ont beaucoup changé, il existe tellement de projets en français originaux, dans des styles très différents, que pour moi les frontières ont un peu explosé. Il faut dire aussi que des gens comme Laurent Bajon et Benjamin Cascherra de La Souterraine ont beaucoup oeuvré à donner une visibilité et une légitimité à de nombreux musiciens, comme moi par exemple. La scène française alternative est très riche maintenant, et elle est surtout plus visible. Donc oui, je fais de la chanson !

  • Dans le morceau « Moissonner », on sent une proximité avec la forme des musiques traditionnelles, notamment par la dimension narrative et folklorique du morceau. Les musiques traditionnelles font-elles parties de vos inspirations et influences ?

Oui, je trouve que certaines mélodies, par leur simplicité, semblent avoir toujours été là, comme des comptines ou des ritournelles. Des mélodies que l’on a la sensation de connaître depuis toujours. Sur « Moissonner », l’idée était d’écrire une fable moderne. « Moissonner » parle de comment on s’en sort dans une société où l’on nous demande d’être productif, d’avoir de l’ambition, où les cartes sont parfois jouées d’avance, et de comment on peut s’enfuir dans l’imaginaire pour se protéger. J’aimais bien l’idée de mêler ce thème très actuel à une sonorité traditionnelle, puisque c’est un thème finalement sans âge. Faire un morceau quasi modal, avec des harmonies basées sur la quinte, comme dans le chant grégorien par exemple, mais avec des arrangements actuels. Comme préparation au mixage, j’avais donné comme consigne à François Gueurce, qui a enregistré et mixé tout l’EP : « penser Jeanne Added feat Dalek feat Laurie Anderson, mais en plus médiéval » !

  • Qu’écoutez-vous en ce moment ?

Je papillonne beaucoup en ce moment. J’écoute ce qui sort comme le dernier Arlt par exemple, Perio, la dernière compilation de La Souterraine, Fishbach, Pain-Noir, Bertrand Belin. Des choses en français principalement. J’écoute beaucoup de chansons isolées aussi, que je peux écouter quatre ou cinq fois de suite. Régulièrement j’écoute La fête triste de Trisomie 21, ou I’ll be your woman de Chinawoman. Dernièrement, j’ai beaucoup écouté l’album Moon Pix de Cat Power aussi, je trouve que c’est un de ses plus beaux. Mais je suis en manque d’immersion. La sortie de l’EP me prend beaucoup de temps et j’ai hâte de pouvoir avoir la tête plus libre pour me plonger dans d’autres disques.

 

  • Avez-vous des artistes de musiques francographées à recommander ?

Robi, dont je suis complètement fan ! J’adore comment elle écrit, et je trouve sa musique unique et très intense, je l’ai découverte dans un concert en appartement, et en trente secondes elle m’a scotchée. La Féline, j’aime beaucoup sa voix et la sobriété de son chant. Thomas Mery, qui fait une folk très étonnante en français. Françoiz Breut, que j’ai découverte tardivement après qu’on a rapproché plusieurs fois nos deux univers. Et puis des choses plus anciennes, le disque Comme à la radio de Brigitte Fontaine et Areski est magnifique, on dirait que c’est un disque qui ne vieillira jamais.

  • Quels sont vos prochains projets ? Des concerts ou des festivals de prévus ? Un album ?

Je joue le 20 novembre prochain à la MPAA Broussais dans le 14è, le 1er décembre aux Trois Baudets, le 14 janvier 2016 à la Fabrique Les Balades Sonores, et le 22 janvier au Centre FGO-Barbara.

Je joue seule, avec ma guitare électrique, mon synthé et une pédale de boucle, mais à partir de janvier je vais commencer à répéter avec deux autres musiciens. L’idée est d’enrichir l’instrumentation du set dans la continuité de l’EP, et de pouvoir m’offrir un peu plus de liberté sur scène. J’espère qu’on sera prêts pour le printemps prochain.

Merci pour cette entrevue !


Son Facebook & Soundcloud & Bandcamp


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