Anamosa - Scenes Francophones

Rencontres : CHLOE PATHE / ANAMOSA & OLIVIER VILLEPREUX / DELTA T


Sous le charme de la revue Delta t, on a voulu en savoir plus sur la maison d’édition qui la publie, Anamosa, et son rédacteur en chef, Olivier Villepreux.


Anamosa – Chloé Pathé, directrice

  • Qu’est-ce qui vous a donné envie de vous intéresser aux manuscrits traitant de société et d’histoire ?

Profondément ancré dans le monde contemporain et les questionnements multiples qu’il suscite, le projet d’Anamosa est ainsi d’aborder ces derniers loin des doctrines qui cloisonnent et de l’immédiateté du discours qui peut enfermer. Il est aujourd’hui impossible de digérer le déferlement continu des actualités et il devient impérieux de s’écarter de l’instantanéité des flux, de prendre le temps de lire et de proposer des livres montrant la pluralité de pensée. Parce que les points de vues, et les pas de côté, sont nécessaires à la compréhension d’un monde qui étouffe à se vouloir « global » alors que rien ne le dit.

Le cœur du projet est constitué par la « non-fiction », une non-fiction ouverte, qui passe par la force de l’écrit et du récit, et qui accompagne le renouvellement dans les recherches ; la maison se veut un lieu d’expériences à la fois savant et populaire. Tous les ouvrages proposés, aussi plaisants ou exigeants qu’ils puissent paraître, relèvent de cette volonté, interroger plus que vouloir résoudre à tout prix les contradictions humaines.

En fait, je suis aussi partie de ce qui me meut au quotidien, de ma manière d’être et de m’interroger ; j’aime les détours par l’histoire, ce retour en arrière qui n’en est pas un et permet d’envisager plus posément aujourd’hui et demain ; « sérieux et légèreté » ou « exigeant et populaire », ces mots qui sont au cœur du projet, ne sont pas pour moi des oxymores gratuits, parce qu’on peut être sérieux sans se prendre au sérieux, parce que je peux me passionner et avoir envie de transmettre un texte au sujet lourd et aimer rire et danser. Cette maison, dont j’ai eu l’idée mais pensée aussi avec les autres acteurs d’Anamosa, parce qu’elle se fait ensemble, pas à pas, se veut ancrée dans la vie.

Il s’agissait aussi, en termes d’efficacité, de valoriser ce que je sais faire, de poursuivre l’exploration des domaines que j’ai commencée depuis un moment.

Enfin, comme les premiers livres le montrent j’espère, il y a au cœur du projet l’envie de travailler, graphiquement et dans leur fabrication, les ouvrages, de manière à proposer, dans une économie soutenable, de beaux objets, que l’on ait envie de toucher, de tourner, de garder et… de lire.

 

  • A quoi êtes-vous sensible à la lecture d’un manuscrit ? Qu’est-ce qui fait que vous allez publier un tel plutôt qu’un autre ?

Comme nous sommes dans le domaine des essais et des sciences humaines, il y a bien entendu d’abord le sujet : on va aller chercher des sujets / des objets (dans le sens d’une construction intellectuelle) pas encore ou peu traités, ou alors différemment. Ensuite, en effet, il y a les qualités d’écriture : est-on emporté ou pas dans le récit et / ou la démonstration ? Mais là, sans doute davantage que pour du roman, si le sujet ou le traitement semblent importants on se donne la possibilité de réécrire, en accord et en concertation avec l’auteur (rien ne se fait sans lui ou sans elle et en général ils sont contents car conscients que ce travail collectif permettra de toucher peut-être davantage (ou mieux, plus justement) de personnes.

La particularité aussi dans notre domaine, par rapport à la littérature de fiction, c’est que nous faisons des commandes et nous en ferons de plus en plus. Il s’agit justement de réfléchir à des problématiques que nous aimerions voir traiter et d’identifier la bonne personne ; ou, à l’inverse (mais pas totalement !), il y a aussi des personnes avec lesquelles j’ai envie de travailler parce que leur approche m’intéresse et là, il s’agit de trouver ensemble un angle, une forme et un sujet pour… qu’elles marchent avec nous.

  • Comment fonctionne la maison d’édition ? 

La maison fonctionne avec un noyau dur de cinq personnes  :
L’équipe d’Anamosa est composée de Chloé Pathé, directrice éditoriale, auparavant responsable éditoriale en sciences humaines, aux éditions Autrement. Elle a en outre édité des livres consacrés à l’architecture aux éditions Le Cabanon et est par ailleurs rédactrice en chef de la revue Citrus (L’agrume).

Sébastien Wespiser est le directeur commercial d’Anamosa. Il a officié en tant que libraire dans différentes librairies parisiennes (dont la librairie Longtemps et le Thé des écrivains). Il défend auprès des libraires les couleurs d’Anamosa et des éditions Agullo.

Monika Jakopetrevska, directrice artistique : elle a travaillé pour Yves Saint-Laurent Couture ainsi que dans l’édition et la presse.

Christophe Granger, directeur scientifique, est historien, membre du comité de rédaction de Vingtième Siècle. Revue d’histoire et de la revue Sensibilités, et chercheur associé au Centre d’histoire sociale du xxe siècle (Paris-1/CNRS).

Olivier Villepreux, auteur, journaliste et musicien, est conseiller éditorial et rédacteur en chef de la revue Delta t, dont il est à l’initiateur.

Je suis la seule à consacrer tout mon temps à Anamosa pour le moment. Pour les relations presse, importantes dans le cadre d’un lancement et pour la visibilité de la maison, à la fois auprès des libraires, des auteurs et bien sûr des lecteurs, nous travaillons avec un attaché de presse indépendant, Antoine Bertrand qui travaille pour d’autres maisons comme Lux éditeur. Tous les textes sont relus par un correcteur ou une correctrice extérieur – plusieurs lectures sont en effet fondamentales tant sur le fond que sur la forme. Pour nos couvertures et les ouvrages ou revues comportant des illustrations, je fais aussi appel à une indépendante, Magali Cazals pour la photogravure (à savoir la préparation des images pour l’impression).

  • Comment cela se passe-t-il pour la revue Delta t : j’ai vu que vous n’étiez pas cité dans l’équipe de rédaction ; vous ne participez pas, de près ou de loin, au contenu ?

La revue Delta T a été pensée par Olivier Villepreux, à l’intérieur de la maison d’édition ; s’il s’agit de musique, deux éléments relient l’approche à la quête / ligne de la maison d’édition : les questions de société, mais aussi un autre regard sur les cultures dites populaires. Sur la revue, ma participation se situe sur l’amont et l’aval ; à savoir, nous avons pensé le format, la fabrication (choix du papier, surcouverture, etc.) ensemble ; Olivier Villepreux me tient informée de ses commandes de textes (c’est d’ailleurs moi qui établit les contrats) ; il peut arriver que je propose des idées, sujets ou personnes, mais c’est lui le pilote. Ensuite, j’interviens à deux moments différents : relecture des textes revus auparavant par Olivier Villepreux, avant qu’ils soient maquettés et relecture des épreuves, éventuellement retours sur les choix de maquette en parallèle de sa relecture à lui. J’assiste également aux réunions dès que je peux, qu’il s’agisse de réflexions sur le fond ou sur la forme.

Les revues permettent aussi d’initier sous une forme légère des sujets, des collaborations, de les « tester », avant peut-être de transformer certaines de ces collaborations sous forme de livre.

  • N’est-ce pas risqué de se lancer dans l’édition d’une revue étant donné le marché actuel de la presse ?

Il y a je crois une part de risque dans toute notre production. Delta T est diffusée en librairie et pas en kiosque, nous ne voulions pas entrer dans les contraintes de la presse et pensions que la revue telle qu’elle est conçue trouverait davantage un public curieux en librairie. On a pu aussi voir un renouveau des revues en librairie depuis plusieurs années, la question étant de savoir si le mouvement s’essouffle ou pas… Comme Delta T (avec son ouverture sur toutes les musiques et l’accent mis sur la parole des acteurs eux-mêmes) est assez unique dans son genre, l’idée est progressivement de fédérer un socle de lecteurs. Afin de minimiser les risques, nous serrons un peu les budgets pour le moment, nous avons obtenu une aide de la région Île-de-France et voulons surtout en 2017 multiplier les rencontres lors d’événements musicaux.

  • Où peut-on trouver Delta t ?

La revue est disponible sur stock ou sur commande dans les librairies. Nous proposons aussi des formules d’abonnement.

Delta t – Olivier Villepreux, rédacteur en chef

  • Comment l’idée de cette revue sous titrée « La musique par ceux qui la font » vous est-elle venue ?

Beaucoup de magazines de musique sont attachés à l’actualité et se consacrent à la critique par genres musicaux. J’avais envie de dépasser ces cadres et de faire découvrir par les artistes eux-mêmes, leurs questionnements concernant la création, ou à travers eux, pour mieux faire comprendre leurs démarches. Pour ce qui est d’écouter, les choses sont aisées aujourd’hui, ce qui pour moi permet de prendre le temps de décrypter les choses dans un monde musical foisonnant fait aujourd’hui de croisements de styles complexes, ultra-personnalisés.

  • Sont-ce les contributeurs qui viennent à vous ou faites-vous des commandes d’articles ?

Les deux. L’essentiel étant qu’il y ait un sujet à développer. Peu importe mon avis sur la musique, ce qui m’intéresse, quand je demande un texte, est d’aller au bout de l’idée qui conduit à la création, d’un disque, d’une œuvre singulière, d’un style, une position sociétale, une utilisation de la musique et son rapport à nos vies.

  • Comment imaginez-vous chaque numéro ? Ont-ils chacun une ligne directive précise, une thématique par numéro ?

Pas vraiment. Le n°3 qui en vente en ce moment a pris un tour très écrit, dans le précédent nous étions davantage sur des positionnements personnels sur des sujets de société et le premier sur des concepts. J’essaie de varier le plus possible les entrées.

 


Le site de Delta t  et le site d’Anamosa


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