Canari, Desamorceur dans Soubresaut

CANARI et Désamorceur : envol vers les sphères perchées


Canari contribue aux canons du rock psyché avec son premier album réussi sorti chez La Souterraine. Sur Désamorceur, le power trio parisien mêle des sonorités d’ailleurs au groove hérité des années 70.


Depuis « Tomorrow Never Knows » des Beatles, qui fêtait son 50e anniversaire l’année dernière, le son psyché est omniprésent : guitares aux effets multiples (wah-wah, distorsion et réverbération), expérimentations avec les techniques de studio, synthés et longues digressions instrumentales. Ces dernières années, bon nombre de groupes français – Aquaserge, La Femme, Orval Carlos Sibelius et Forever Pavot, pour ne citer que les plus connus – se sont approprié cette musique héritée des hippies anglophones en y injectant une bonne dose de jazz et de chanson. Elle a aussi un goût pour l’absurde, cette nouvelle scène française, comme le démontrent les paroles décousues de « C’est pas tout mais » du dernier album d’Aquaserge.

La même semaine de la sortie de Colibris, le premier album de Sahara débordant de petits psychédélismes à la Yes et compagnie, un autre oiseau s’est révélé au grand public. Canari démontre dans le temps réduit de 34 minutes que le rock progressif et psychédélique n’appartient pas au passé, ni aux académiciens de la pop. Sa courte durée est le seul élément à reprocher à ce premier album. Les 8 morceaux de Désamorceur semblent tout droit sortis du carnet d’idées de John Lennon, sans pour autant être de simples imitations.

« Rangi Hotel », par exemple, ouvre l’album avec le son ensoleillé et décontracté de la côte californienne, son auquel se mêlent de subtils effets sur la voix. La ligne de basse est aussi simple que géniale, donnant à la guitare et au chant l’occasion de s’aventurer dans des sphères perchées. Même chose avec « Passagers », sauf que cette fois-ci, l’oreille s’accroche d’abord à la descente indolente de la guitare avant de retrouver le groove de la section rythmique. Vol au-dessus d’un nid de canari, on a envie de dire.

L’atmosphère commence à changer avec le « Cavalier seul » qui, après seulement 42 secondes, laisse place à la chanson titre avec son beat motorik, ce fameux rythme de moteur perfectionné par Klaus Dinger et Jaki Liebezeit – Canari côtoie Can. Largement instrumental, le morceau annonce le début de la partie plus aventureuse de l’album où l’on trouve, en plus des sonorités afro-beat de « Mystic Halo » et de la transe tribale de « L’aube », un « Tryptique » qui prend son temps pour nous transporter bien loin. Sous-titré « Bal des esprits », ce morceau clôt d’ailleurs le cercle en retournant dans le désert californien avec Sleep et les Queens of the Stone Age.

Même si leur présence n’est guère remarquée, le choix des invités démontre bien la filiation dans laquelle se trouve Canari : Melody Prochet rajoute sa voix à la canopée sonore de « Désamorceur », tandis qu’Émile Sornin de Forever Pavot joue les claviers sur « Passagers ». Fort d’une inventivité rythmique et d’une envie exploratrice de sons venus d’ailleurs, Désamorceur évite le piège de l’album néo-psychédélique qui n’ajoute rien aux canons des années 60-70. Au contraire, il s’agit d’une contribution, et pas des moindres, aux canons toujours grandissant de pop psyché en français dans le texte.


 Facebook & Bandcamp de Canari


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