Chanter en français au Quebec - extrait de la revue Soubresaut numero 1 des editions des Veliplanchistes

CHANTER EN FRANCAIS AU QUÉBEC – Part 1


La chanson québécoise :
bien plus qu’un genre,
une revendication  culturelle
et identitaire


1re partie de l’article tiré du n° 1 de la revue Soubresaut publiée aux éditions des Véliplanchistes, maison des écrits d’artistes de la musique.


La chanson francophone (plus précisément en français dans le texte) fait l’objet d’un vif intérêt de la part du gouvernement et des groupes culturels québécois. De nombreuses institutions étatiques culturelles (Sodec, Calq…) surveillent de près le sort de la chanson québécoise et s’assurent de sa longévité, son développement et son épanouissement. Les rapports d’études institutionnelles sur le sujet révèlent les mêmes faits observés en France par, entre autres, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) : la chanson – et les musiques francophones en général – manque de visibilité dans les médias à cause, est-il dit, d’un faible intérêt de la part des publics dont l’attrait se porte plus aisément sur les musiques anglophones. Pourquoi l’État québécois lutte-t-il pour la survie des musiques en français dans le texte ? Pourquoi un quota de 60 % (contrairement au 40 % du CSA) est-il imposé aux médias publics pour la diffusion de musiques en français dans le texte ? Quels sont les enjeux dans cette sauvegarde de la langue française dans les textes de musique ?

LA LUTTE POUR LA FRANCOPHONIE

Histoire linguistique du Québec

Pour comprendre pourquoi le français est davantage protégé et encouragé dans les arts, et notamment la musique, il faut remonter loin dans l’histoire du Québec.

Après la colonisation du Québec par les Français·es en 1608, le pays a connu un conflit franco-anglais important qui s’est terminé en 1763 par la signature du traité de Paris, proclamant la conquête du Québec par les Anglais·es. Après 150 ans de colonisation française, la province du Québec devient anglaise : un changement culturel brusque secoue alors les Canadien·ne·s-français·es. Pour souligner sa victoire, l’Angleterre tente d’effacer l’identité des premier·ère·s colons du Québec en imposant une politique d’assimilation. Son objectif : rendre le Québec entièrement anglais. Face à cette politique, la défense de la langue française devient un symbole de résistance pour les Canadien·ne·s-français·es.

Après quelques années de domination anglaise, est constatée  une nette dégradation de la langue française entre 1760 et 1850, même si les Canadien·ne·s francophones tentent de résister. La politique d’assimilation consiste largement en l’exclusion des francophones de la société : ces dernier·ère·s sont rejeté·e·s de l’administration durant la période aiguë d’assimilation, soit entre 1760 et 1774. Au fil des années, de nombreux projets sont initiés afin d’asphyxier la langue française.

En 1822, un sérieux projet d’union des deux Canadas visa à noyer l’élément francophone, grâce à l’apport de la majorité anglophone de l’actuel Ontario conjugué à la minorité anglophone de l’actuel Québec. Le projet indigna les Canadiens français. L’usage officiel du français était proscrit, la nomination des curés était contrôlée par le gouverneur et la carte électorale était modifiée au profit des cantons anglophones. Sous la pression des Canadiens-français, ce projet fut abandonné.

Il faut attendre 1840 pour que les Canadien·ne·s-français·es commencent à reconquérir leur langue, leur patrimoine culturel, leur identité. C’est seulement en 1977 que le Québec inscrit définitivement sa particularité culturelle et linguistique avec la Charte de la langue française, dite Loi 101, qui fait du Québec la seule province du Canada à avoir fait du français sa langue officielle.

Asseoir l’identité québécoise par la francophonie

Il apparaît que la langue française est un enjeu politico-culturel des plus importants pour la défense de l’identité québécoise. La lutte pour le français comme langue d’expression ne se résume pas à la seule date de 1977 et la Loi 101. En fait, il s’agit d’un long périple et de petites avancées avant d’arriver à une véritable défense et revendication de la francophonie au Québec.

Dans les années 1960-1970 avec la Révolution Tranquille, le gouvernement soumet une série de lois en faveur de la francophonie. Grâce à cette politique linguistique, la langue française se réaffirme au Québec, ainsi que le sentiment national. Cette révolution est appelée « Tranquille » car elle n’a pas abouti au grand projet des nationalitaires : faire du Québec un État-Nation, indépendant du Canada. Cette révolution a permis un réveil identitaire massif et une prise de conscience collective révélant la volonté des francophones de la Province de reprendre le contrôle de leurs richesses et leur identité nationale.

Lors de la Révolution Tranquille, la revue Liberté se fait la porte-parole de nombreux·euses auteur·e·s québécois·es, dont Gaston Miron et Hubert Aquin qui dénoncent l’infériorité des Canadien·ne·s-français·es et de leur langue. Dans les pages de la revue Parti pris, fondée en 1963 par l’auteur André Major, on propose une nouvelle dénomination de la littérature canadienne écrite en langue française : la littérature québécoise. Les auteur·e·s vont plus loin, en plus d’affirmer la francophonie, ils revendiquent l’identité propre du Québec  et s’engagent dans une pratique volontariste et provocante du joual. La province n’est pas une duplication outre-Atlantique de la France, elle est une nation avec sa langue et ses coutumes.

Grâce à l’engagement des artistes québécois·es, notamment auteur·e·s de littérature et de musique, le soutien à la francophonie est le plus impactant. La langue devient sacrée au Québec, elle remplace l’Église et c’est elle qui rallie les Québécois·es. Elle est le ciment de la société.

Lise Gauvin, essayiste en littérature et en linguistique et membre de l’Académie des Lettres du Québec, a produit de nombreux travaux sur le rapport entre langue et identité. Dans les années 2000, elle a mis en avant les notions de « langagement » et de « surconscience linguistique » qui désignent un état d’esprit conflictuel entre le fait d’écrire une langue que l’on ne parle pas et de sur-réfléchir à sa production linguistique (sur-conscience), et le fait de s’engager dans la langue de sa province, d’embrasser sa culture (langagement). L’utilisation du joual est un parti pris pour la langue du Québec, il s’agit d’un acte de langagement. L’avènement de ce dernier en littérature répond à une volonté de rompre avec des pratiques littéraires jugées stéréotypées, conventionnelles et imposées par la norme francophone et métropolitaine, soit la littérature française, voire parisienne. Lise Gauvin évoque ce phénomène littéraire et linguistique de la sorte :

La langue devient pour eux symptôme et cicatrice. Poètes et romanciers s’engagent dans une pratique volontariste d’une « langue humiliée », appelée « joual » et parlée par les classes laborieuses. […] Il ne s’agit plus d’attirer l’attention du  »vieux monde », mais de créer les conditions nécessaires à l’établissement d’une littérature qui ne soit pas pure convention.

Ainsi, depuis le réveil national appuyé par la Révolution Tranquille, les Canadien·ne·s-français·es deviennent Québécois·es et ont à cœur d’asseoir leur identité, leur langue et leurs coutumes, se différenciant des Canadien·ne·s anglophones et de la France. Les arts deviennent alors politiques et la chanson, québécoise.

Gaston Miron donne son avis sur le bilinguisme au Québec, 1975

2e partie « Les chansons québécoises » ici

Condensé du mémoire de recherche La chanson québécoise, média de revendication identitaire – La diffusion des chansons francophones au Québec


Site & Facebook des éditions des Véliplanchistes


Une réflexion sur “CHANTER EN FRANCAIS AU QUÉBEC – Part 1

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