Chanter en français au Quebec - extrait de la revue Soubresaut numero 1 des editions des Veliplanchistes

CHANTER EN FRANCAIS AU QUÉBEC – Part 2


La chanson québécoise :
bien plus qu’un genre,
une revendication  culturelle
et identitaire


2e partie de l’article tiré du n° 1 de la revue Soubresaut publiée aux éditions des Véliplanchistes, maison des écrits d’artistes de la musique.


LES CHANSONS QUÉBÉCOISES

La chanson québécoise est une catégorie d’un genre musical, elle peut être considérée comme un sous-genre du genre « chanson francophone », au même titre que la chanson française. Chaque type de chanson répond à l’histoire de son territoire d’origine et à sa culture ; l’adjectif « québécois » est essentiel car précise la dimension identitaire inhérente à sa forme.

Chansonniers, chansonnières et boîtes à chansons

On observe les prémices de la chanson québécoise dans les années 1920, notamment lors de la mise en spectacle de la chanson de tradition orale qui se produisait lors des veillées. Dans leur anthologie de la chanson québécoise, André Gaulin et Roger Chamberland décrètent les années 1930 comme le commencement de la reconnaissance des chansons québécoises avec la Bolduc, une auteure-compositrice-interprète qui a connu un grand succès ; elle est la première à faire carrière grâce à ses chansons. Elle n’est alors qu’un cas isolé, c’est plus tard, dans les années 1940-1950, que le mouvement des chansonniers se développe et prend de l’ampleur. Félix Leclerc reste le personnage emblématique des chansonniers : grâce à ses chansons et ses voyages, il a fait découvrir la Province en France et a exporté la culture québécoise.

Un chansonnier ou une chansonnière est un·e auteur·e-compositeur·trice-interprète qui écrit en français (ou en joual). Dans les années 1950, on dénommait de la sorte celles et ceux qui commentaient l’actualité dans leurs textes, tel·le·s les ménestrel·le·s au Moyen-Âge. Leurs chansons constituaient un style musical à part entière et des lieux culturels étaient entièrement dédiés à cette esthétique : les boîtes à chansons. Ces dernières sont un mode de diffusion intimiste, basé sur le schéma des veillées de contes, où le rapport au public se fait dans la proximité. Les boîtes à chansons se multiplient rapidement devant la demande croissante de jeunes chansonnier·ère·s ; une thématique forte guide le mouvement : le Québec et le désir d’affirmation identitaire. À partir de 1966, la chanson devient plus rock et, surtout, se politise en affirmant ouvertement son appartenance au parti nationalitaire souhaitant l’indépendance du Québec.

Les chansonniers et chansonnières ont largement œuvré pour les Lettres québécoises et notamment pour la valorisation des parolier·ère·s. Le champ littéraire est essentiel pour l’affirmation identitaire de la province et le développement des arts québécois participe au sentiment national en fédérant le peuple et incite le gouvernement à légiférer en faveur de la langue française. L’influence de la littérature et des chansons québécoises, ces dernières engagées politiquement, a fortement contribué à la popularité des partis nationalitaires et à rallier le peuple québécois leurs causes.

La chanson engagée

Des années 1930, le Québec se nourrissait essentiellement de produits culturels américains et français, mais à partir des années 1950, les chansons américaines et françaises doivent peu à peu faire place aux créations québécoises : la province sort progressivement de son autarcie et s’ouvre sur le monde. Les chansonnier·ère·s chantent la réalité du Québec, notamment celle des régions rurales, et commencent ainsi à réaffirmer leur existence. Cette résurgence identitaire s’accompagne d’un phénomène artistique politisé : les chansons engagées.

Le mouvement des chansons engagées est principalement initié par les jeunes Canadien·ne·s-français·es qui souhaitent affirmer leur identité québécoise. C’est dans les années 1960 qu’elles prennent de l’ampleur et c’est dans des mouvements collectifs conduits par un sentiment de communauté soudée qu’elles se développent, pour fédérer le peuple sur la même parole et les mêmes refrains. La chanson devient alors génératrice d’une conscience collective. À partir de sa politisation, celle-ci devient « québécoise », c’est par la revendication à une appartenance identitaire que l’objet devient un produit culturel du Québec.

Version de 1960

L’étude de la chanson « Grand Six-Pieds » de Claude Gauthier est très éclairante à ce sujet : la chanson a été modifiée à deux reprises en l’espace de dix ans, et les trois versions de la chanson permettent de visualiser et d’entendre la révolution identitaire qu’ont vécue les Québécois·es. À sa création en 1960, Claude Gauthier écrit : « Je suis de nationalité canadienne-française » ; puis pour l’enregistrement de son album en 1962, il modifie le texte pour chanter : « Je suis de nationalité québécoise-française » ; et enfin, en 1970, il finit par déclamer : « Je suis de nationalité  québécoise ». Par ses trois différentes versions, on peut retracer les mutations de la société québécoise. Ce phénomène est aussi une démonstration de la surconscience linguistique des auteur·e·s québécois·es qui connaissent le pouvoir des mots envers l’avenir du Québec.

Version de 1966

Par son importance majeure dans le progrès politique pour l’identité nationale, la chanson québécoise est un patrimoine vocal et littéraire qui constitue un ensemble de repères collectifs partagés par une communauté linguistique et culturelle et, en ce sens, elle participe de l’imagologie du peuple québécois : la diffusion de la chanson québécoise contribue à la représentation des Québécois·es à l’étranger. La chanson est patrimoine, hymne et témoin de l’histoire.

En bref

La chanson est une composante importante de l’histoire du Québec et de son identité culturelle. Il apparaît que la chanson au Québec est le média privilégié par lequel on raconte l’instant présent et on narre les histoires du passé. La chanson est à la fois un produit culturel québécois et un média de revendication identitaire. En choisissant de chanter en langue française, on affirme son identité de Québécois·es et de francophone dans un monde globalisé où la langue anglaise domine toujours, et de plus en plus.

Message personnel

Avec le webzine Soubresaut, consacré aux musiques émergentes en français, nous voyons la manière dont sont considérées les musiques francophones. Souvent avons-nous entendu l’adjectif « ringard » et fait le constat du désintérêt des personnes qui nous entourent et du public pour les musiques écrites en français. Sans doute parce que le français de France n’a pas autant une dimension politique comme celui du Québec. Peut-être prenons-nous la langue française pour acquise. Or, devant la domination anglophone ­– on pense au temps d’antenne accordé aux musiques en anglais et au CSA qui se bat pour faire respecter le quota des 40 % de musiques nouvelles en français (qui est pour rappel à 60 % au Québec) –, nous nous inquiétons de la survie des musiques francophones (ou plutôt francographées), de la créativité des textes en français et, surtout, de la diversité culturelle. Nous en sommes venus à un stade où proposer d’écouter en français, c’est offrir de la diversité. Conscient·e·s d’une recrudescence des musiques en français dans le texte ces dernières années, nous espérons qu’il ne s’agisse pas d’un effet de mode.

1re partie « La lutte pour la francophonie » ici

Condensé du mémoire de recherche La chanson québécoise, média de revendication identitaire – La diffusion des chansons francophones au Québec


Site & Facebook des éditions des Véliplanchistes


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