Constance Debre Play Boy - Soubresaut

CONSTANCE DEBRÉ, roman décomplexé


Constance Debré a sorti en janvier son premier roman Play boy aux éditions Stock. Ce dernier a suscité bien des réactions, aussi positives que négatives, sans jamais de véritable nuance ; et c’est pourtant cette nuance qui est intéressante !


Constance Debre Play Boy - Soubresaut

Que ce soit dans les médias, sur les réseaux sociaux ou en librairie, les avis divergent quant à la proposition stylistique de l’auteure, l’enjeu autofictif de son roman et, étrangement, sa légitimité : si le nom Debré est bien ancré dans le paysage français, cela donne-t-il le droit de lui en faire défaut ?

Ouvrir Play boy c’est entrer dans un mouvement de contestation sociale. On suit les amours homosexuelles d’une femme juriste, de l’appréhension amoureuse à la découverte sensorielle du corps féminin. On constate très vite le regard critique de ce personnage franc du collier, peut-être perdu en amour mais toujours certain de la violence des rapports sociaux, aussi bien de classes que de genres :

« On m’appelle maître, pas madame. Je fais un métier d’homme où on porte une robe. Il y a même une sorte de cravate bien phallique qu’on appelle un rabat et que je tripote pendant les audiences. »

Il y a dès les premières pages un regard cynique sur la société et sur sa condition, des pages bien senties sur l’argent, l’amour et le désamour, des thèmes toujours traités avec acidité, concision et spontanéité. C’est d’ailleurs ce qui fait l’âme de Play boy, et Constance Debré défend cette posture tout à fait pertinente : « Ce qui m’intéressait d’abord c’est de trouver une manière de raconter quelque chose. » Aux critiques de répondre que l’ensemble s’apparente à un simulacre de nombreux auteurs – Beigbeder, Despentes, Eston Ellis, etc. – tous aussi différents les uns que les autres ; cela est-il vraiment pertinent ?

Il faut surtout retenir que Play boy est de ces livres sans graisse dans lesquels concision, spontanéité et réflexion sont les maîtres mots. Il est de ces livres biens pensés qui interrogent sur l’écriture, sur la combinatoire, sur la flexibilité. Constance Debré utilise donc un style acerbe et lucide qui marque, rompt avec les stéréotypes et donne un relief certain où les donneurs de leçons, misogynes, ne sont pas épargnés ; tout comme sa famille :

« Il faisait semblant de dormir. Je le regardais et je me demandais si c’était la came qui avait fini par lui griller les neurones ou si au fond il n’avait pas toujours été comme ça, comme son père bourgeois et coincé, et si ce n’était pas moi qui m’était trompé sur lui tant d’années, le croyant libre parce qu’il avait passé sa vie à fuir tant de choses que comme lui je haïssais. »

Cigarette en main, sourire en coin, Constance Debré offre avec Play boy un roman sans filtre ni manière, plein d’autodérision, qui va à l’essentiel : vivre comme on l’entend.


Les éditions Stock


 

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