La peau dure Raymond Guérin - Soubresaut

RAYMOND GUÉRIN : La Peau dure, roman social et féministe


Raymond Guérin publia en 1948 La Peau dure, un roman engagé et résolument moderne contre le patriarcat. On ne peut qu’apprécier sa réédition en décembre dernier par les éditions Finitude !


La peau dure Raymond Guérin - SoubresautLa Peau dure de Raymond Guérin est le récit successif de trois sœurs, Clara, Jacquotte et Louison, confrontées au diktat masculin dans la France des années 1940. Élevées durement par un père qui passait son temps à « flanquer des raclées pour un oui ou pour un non » et qui les abandonna au S.T.O (service du travail obligatoire) en Allemagne, les trois sœurs s’émancipent et décident, chacune, de se réapproprier leur vie.

Elles racontent leur histoire, avec des mots simples, parfois argotiques, une mauvaise syntaxe, mais toujours avec sincérité. De mésaventures en malheurs, l’habileté stylistique de Raymond Guérin insuffle une spontanéité forte donnant à voir leur caractère, leur résignation sinon leur courage, que personne ne pourra leur retirer. Puisqu’il en faut du courage à Clara lorsqu’elle est interpellée suite à une dénonciation pour avortement, et conduite directement en prison ; à Jacquotte, malade, trompée par son mari qui demande le divorce et fait tout pour lui enlever sa fille, et, aussi, pour les violences qu’elle subit par son employeur ; à Louison qui choisit la liberté économique grâce à des combines et l’émancipation sexuelle.

Puisqu’il faut dire non, Raymond Guérin écrit La Peau dure pour la cause des petites gens, des besogneux, ceux qui souffrent de leur condition :

« Mme Kubnec m’avait bien dit que je pourrais me reposer. Mais, en fait de repos, j’avais encore plus de travail qu’à la maison. Je devais remplacer la cuisinière qui avait pris son congé. La villa était grande. J’avais toujours à monter et à descendre les étages. En plus du ménage, j’avais le marché à faire et la cuisine. (…) Un soir, comme ça, pour rien, je lui ai rendu mon tablier et je suis partie. Elle en faisait une tête ! Mais j’avais hâte de retrouver Roger. »

Période d’une conscience naissante, l’ouvrage de Raymond Guérin s’inscrit dans une démarche humaine et féministe importante. Publié en 1948, un an avant Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, La Peau dure fait partie de ces romans à lire, malheureusement contemporains.

« Je veux bien croire que le système avait du bon pour le patron et qu’il devait s’y retrouver à la fin de la journée. Mais, pour nous, les ouvrières, c’était vraiment la fin de tout. On sortait de là comme si on nous avait fichu des coups de marteau sur la tête. On n’avait plus de goût à rien. On ne savait plus parler. »

Les éditions Finitude sont une maison basée à Bouscat (à côté de Bordeaux) qui ont vu le jour en 2002. Les éditeur.trice.s – un couple de bibliophiles de livres rares – mêlent dans leur catalogue des inédits d’écrivains français des années 1950 ou 1960 (Jean Forton, Paul Gadenne, Georges Perros, Marc Bernard), des traductions (Hermann Melville, Italo Svevo, ee cummings), et aussi des auteur.e.s contemporain.e.s (Claire Wolniewicz, Raphaël Sorin, Frédéric Schiffter, Christian Estèbe).


Site des édition Finitude


 

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