Crepuscules Joel Casseus - Soubresaut

JOËL CASSÉUS : Crépuscules, l’enfer des réfugiés


Joël Casséus publie Crépuscules aux éditions Le Tripode, un objet magnifique au propos terriblement actuel.


Crepuscules Joel Casseus - SoubresautCrépuscules, premier roman de l’auteur québécois Joël Casséus publié aux éditions Le Tripode – deux autres romans publiés aux éditions Léméac –, est le récit de huit réfugiés plongés dans l’enfer de la guerre. Regroupés dans un camp de fortune, chacun raconte à leur manière les conditions de vie, les angoisses et les espoirs qui les accablent : des êtres humains privés de leur liberté de vivre qui ont pour unique solution de ramasser la ferraille qui pollue les sols dans ces lieux déserts… Ils sont seuls, sans identité, on ne parle que du « père de mon enfant », de « la femme », des « jumeaux », une désindividualisation marquante qui nuit chaque fois un peu plus à leur humanité.

Dans ce décor froid et austère l’urgence devient palpable. Elle se retrouve par les voix, bien sûr, et surtout par cette accumulation qu’on retrouve dans la narration ; nous étouffons dans l’angoisse des personnages et nous ne pouvons que poser un regard bienveillant sur les jumeaux, sur leur peau jaune et leur regard déjà sévère, tout comme sur cet enfant à naître qui cogne constamment son refus dans le ventre de sa mère. Ainsi de la désindividualisation apparaît progressivement une déshumanisation des réfugiés, toujours avec cette lucidité forte, « même les bêtes ont peur de nous ». Joël Casséus introduit donc ce poids qui s’impose à mesure des crépuscules :

« (…) et je comprends que la frontière entre les bêtes et l’humanité précaire qui se trouvait ici était si fragile qu’un simple crépuscule pouvait y mettre fin et je comprends que le crépuscule est peut-être le père de toute cette violence de toute cette souffrance, celle d’avant et celle qui ne manquera pas de nous recouvrir tous. »

Mais au-delà de cette déshumanisation, c’est justement cette pointe d’humanité que chacune de ces voix s’efforce d’exprimer, non pas ouvertement par quelconque plaidoyer, mais véritablement par leur propre sensibilité, leurs propres préoccupations : vouloir faire réapparaître la végétation dans ce désert et permettre ainsi à l’enfant qui naît de n’être pas « condamnée à devenir un prédateur ou une proie ».

Un récit mis en avant par l’excellent travail graphique d’Anthony Folliard qui compose pour les éditions Le Tripode une couverture et une sérigraphie magnifiques.


Site des éditions Le Tripode


 

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