Sabyl Ghoussoub Le Nez juif - Soubresaut

SABYL GHOUSSOUB : Le Nez juif, roman audacieux et prometteur


Sabyl Ghoussoub publie Le Nez juif aux éditions de l’Antilope : retour sur le récit intense d’Aleph, maronite moqué de son « nez de juif ».


Sabyl Ghoussoub Le Nez juif - SoubresautLe Nez juif de Sabyl Ghoussoub est un premier roman prometteur retraçant le parcours d’Aleph, fils d’une famille maronite libanaise, moqué depuis l’enfance à cause de son nez : « (…) tu ressembles à un juif » lui reproche sa mère. De railleries en insultes, du milieu familial au milieu scolaire, tantôt traité de « sale juif » tantôt de « sale Arabe », aucune identité ne lui sera pardonnée. Ces questions d’origines, le conflit, Aleph apprend très vite à en jouer, tirer profit de la situation avec toujours le même objectif : plaire.

Ce qui m’intéressait, c’était de plaire. On me trouvait tellement moche à la maison qu’une fois le pied dehors, c’était ma guerre : je voulais plaire à tout le monde.

Plaire c’est aussi faire partie d’une mode, et l’auteur n’oublie pas d’en faire le constat avec beaucoup d’humour. C’est le cas de Louis qu’Aleph fréquente un temps, « [p]our lui, être feuj était le nec plus ultra de ce qui se faisait dans la capitale ». Mais pour Aleph la question se pose, puisque née d’un héritage familial et d’une histoire sociale. Il intègre le PS, prétend être militant du Hezbollah (au grand regret de sa famille) et décide finalement de quitter la capitale. L’auteur crée alors une véritable géographie de lieux et de personnages : les chapitres sont autant de voyages que de passions. Aleph s’attache, voyage, abandonne ; il se fait scénariste, producteur, photographe, mais demeure hanté par ce conflit dont il semble être l’allégorie. Puis la résignation, la déception. Le prenant pour juif lors d’une intervention d’un député du Hezbollah à la Sorbonne, on le chasse de la salle :

Je me suis débattu, j’essayais de filmer la scène. Une fois jeté dehors, j’ai crié en arabe qu’il était honteux de s’en prendre à un fils de résistant libanais qui avait combattu les Israéliens bien plus que ces Arabes de pacotille qui font de beaux discours à Paris mais ne sont jamais présents sur le terrain. Ils ne savaient plus où se mettre, et encore moins répondre en arabe.

Sabyl Ghoussoub, en donnant à Aleph cette double identité, pose la question du choix. Celui d’Aleph sera alors de découvrir la mémoire des juifs libanais dans son pays. Le Nez juif est ainsi un roman dense, subtil, parfois drôle, mais toujours pesant. Du petit Aleph persécuté, c’est un homme ambitieux, malin et quelque peu cynique qui s’impose au fil du récit – « L’interdit me faisait jouir, la haute trahison aussi. » C’est surtout une conscience qui se développe, plurielle, celle de deux histoires où « le Bien et le Mal s’inversent à l’infini ». Alors, quand Moussa, coiffeur pour dames et historien, cherche à conserver la mémoire des juifs libanais en prenant en photo les tombes et en les partageant sur Facebook, c’est l’horreur de deux histoires qui surgit aux yeux d’Aleph :

Je pleure comme je pleurais devant la scène d’un film d’Elia Suleiman, il y a dix ans. La scène où les Palestiniens se font tirer dessus un par un.

Encore une fois : un premier roman prometteur !


Site de Sabyl Ghoussoub & site des éditions l’Antilope


 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s