fontaine, teodoro gilabert - Soubresaut

TEODORO GILABERT : Fontaine, le ready-made raconte


Teodoro Gilabert interprète dans Fontaine, paru aux éditions L’Œil ébloui, le parcours du célèbre urinoir de Marcel Duchamp, non pas avec l’œil de l’érudit mais bien celui de la faïence.


fontaine, teodoro gilabert - SoubresautFontaine de Teodoro Gilabert est un regard nouveau sur la disparition de l’œuvre éponyme, si controversée, de Marcel Duchamp. Cette nouveauté tient éminemment de la personnification de cet objet dont on ne se serait soucié que de l’aspect fonctionnel si l’artiste n’avait franchi en 1917 la porte du showroom de la J. L. Mott Iron Works Company, à la grande surprise de l’urinoir lui-même qui pressentait peut-être son futur succès : « Voilà, j’étais fonctionnel et fier de l’être ! Persuadé aussi que l’Art nouveau passerait de mode et que l’on se rendrait compte un jour de l’intérêt de la simplicité des formes. »

Mais sa lucidité n’a d’égal à sa candeur et son esprit ingénu, l’objet susceptible accuse d’abord son surnom, puis le pseudonyme « R. Mutt » jusqu’à la critique implacable du début du XXe siècle – « Cette fois-ci, c’était bien pire, je venais d’être condamné par un tribunal pour laideur et vulgarité. » Pourtant, Teodoro Gilabert ne se restreint pas à une recherche documentée de l’œuvre, mais lui insuffle un regard et une réflexion existentielle, lui donne une autorité. De l’objet à l’œuvre d’art, Fontaine est ainsi le récit d’une forme intelligente qui n’a de cesse d’interroger son rapport à l’artiste et à ses copies.

Il a fallu presque un siècle pour que l’on admette communément ce que je savais depuis longtemps : je suis une œuvre d’art parce que Marcel est un artiste et qu’il m’a choisie. Certains historiens ont pu écrire que l’affaire Fountain confirmait la mort du beau en art. Mais là, je ne peux que m’insurger, au nom de mes enfants, de mes frères et mes sœurs.

On sourit alors, après la disparition de l’objet, quand celui-ci lit l’œuvre de Freud, puis se pose la question du genre, de son amour pour Marcel Duchamp, de sa jalousie pour les copies exposées. Il devient lettré, s’interroge, écoute la radio et hiberne en attendant qu’on le retrouve. Son seul dessein : « Je voudrais que l’on sache que je suis resté intact et que mon parcours exceptionnel ne s’est pas achevé après le refus de la Société des artistes indépendants et ma pseudo-disparition. » De la même manière qu’il évolue à mesure que sa trajectoire change, l’auteur pose sur l’œuvre une bienveillance sincère et un regard nouveau qui, peut-être, à la manière de la spontanéité d’un enfant, permet de retrouver ce chef-d’œuvre.

Avec beaucoup d’humour et une appréciable concision, Teodoro Gilabert propose aux éditions L’Œil ébloui un ouvrage original et audacieux, cent ans après le refus de l’urinoir lors de son exposition à la Société des artistes indépendants de New York.

J’avais toutefois l’intime conviction que si je réapparaissais un jour, cela aurait l’effet d’une véritable déflagration nucléaire sur le monde de l’art.

Comme l’indique Thierry Bodin-Hullin, L’OEil ébloui propose des livres-objets, des albums littéraires qui visent, à travers les mots et les images, à rendre le lecteur plus rêveur, autrement dit plus vivant. Ainsi, les éditions proposent des romans, nouvelles et de la poésie d’auteurs contemporains, ainsi qu’une réédition d’un texte de Perros, toujours dans le souci du bel objet.


Site des éditions L’Œil ébloui


 

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