Tardigrade - Pierre Barrault - Soubresaut

PIERRE BARRAULT : Tardigrade, l’individu aussi détestable que drôle


Tardigrade de Pierre Barrault est une pépite d’humour noir et de tendresse. Mais encore faut-il que l’animal se laisse attendrir…


Tardigrade - Pierre Barrault - SoubresautAvec Tardigrade, Pierre Barrault réussit à déconcerter et faire rire. On y découvre un animal tout à fait humain, avec ses membres et son chapeau bien en place, dans une ambiance kafkaïenne, ou plutôt contre-kafkaïenne. La mesure est pourtant toute différente : si la situation paraît saugrenue et impossible – en même temps, doit-on connaître vraiment l’animal pour le savoir ? -, les scènes qui nous accompagneront tout du long n’en seront pas moins fantasques. Mais Pierre Barrault nous prévient à demi-mots : « Le tardigrade, s’il était plus gros, beaucoup plus gros j’entends, toute la face du monde s’en trouverait changée – considérablement.  » Il ne reste alors qu’à rencontrer ce personnage dont le comportement a priori ne laisse pas indifférent.

Bien sûr, nous n’apprendrons absolument rien sur l’animal, sauf des anecdotes qui tromperont notre vigilance ; en revanche, ce Tardigrade en dit beaucoup sur notre comportement en société, nos manières, certaines hypocrisies et beaucoup d’ingratitudes. Comme un sentiment tantôt de gentillesse, toujours ponctuée de cynisme, tantôt de violence qui, hélas, ne saurait contenir notre sourire.

Un jour m’est venue l’idée de tuer mon frère. À la longue, c’est devenu une obsession. J’ai donc prié ma mère de me donner un frère, d’essayer au moins, mais rien à faire, des soeurs, encore des soeurs ; dix-huit soeurs que j’aime avec tendresse et toujours pas un frère à tuer.

 

J’ai tué mes ennemis, ensuite j’ai récupéré la matière dont ils étaient constitués, puis j’en ai fait des portes pour ma maison. Je sais qu’ils m’observent à travers les trous de leurs serrures. Mais ils auront beau chercher du matin au soir, ils ne relèveront rien de passionnant dans ma journée. (…) Car je n’en ai pas encore fini avec eux. Loin de là. Je les ai tués une fois, c’est un début, à présent je tiens à les faire mourir d’ennui.

Il faut bien l’avouer, ce Tardigrade à tout d’un personnage antipathique, ignoble, et pourtant, on se surprend à suivre ses descriptions des appartements de l’immeuble dans lequel il vit : une morphologie humaine, mais un regard d’insecte qui s’aventure à tous les étages. Les ambiances sont étranges et intrigantes, mais jamais gratuites. Pierre Barrault donne à lire des conditions terribles, parfois racontées par l’absurde – un élève convoqué pour ne pas participer au lynchage d’un de ses camarades -, mais toujours avec une belle justesse.

Ma compagne et moi, nous chantons sous la douche. C’est ainsi depuis qu’ils nous ont coupé l’eau. Sans doute penserez-vous que nous sommes heureux comme ça. Au contraire. Laissez-moi vous dire que cette situation ne nous réjouit pas du tout. Nous chantons, mais détrompez-vous ; nous chantons des chansons tristes, d’une tristesse à pleurer, car il faut bien se rincer tout de même.

Tardigrade, paru aux éditions L’Arbre Vengeur en 2016, est le premier roman de Pierre Barrault. Il y aborde autant de thèmes que de préoccupations de notre époque, avec un style fin et concis ; des saynètes relevées par nos obsessions et nos absurdités. Décidément, une belle rencontre.


Site des éditions L’Arbre vengeur


 

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