Flavien Berger - Contre temps - Soubresaut

FLAVIEN BERGER, souvenirs de matins et amour à reculons


Flavien Berger, troubadour martien à la chevelure féline, réclame sa place sur le trône de la pop française avec son nouvel album Contre-Temps.


Trois ans après le premier album Léviathan et son compagnon d’inédits Contrebande 01, l’égérie du label Pan European Recording revient avec un deuxième album de pop électronique parfaitement exécutée. Véritable opus conceptuel, Contre-Temps plonge dans les eaux émotionnelles de l’amour, de l’absence et du passé.

 

Un pli dans la réalité, un déjà-vu qui fait voler en éclats le passé dont les fragments s’emmêlent aussitôt, marque le début du voyage. « Rétroglyphe », la première chanson de Contre-Temps, emmène dans le passé du chanteur à coups de batterie étouffée et de synthés chauds. Le deuxième album de Flavien Berger est une mosaïque de souvenirs à travers lesquels le musicien dresse le portrait d’une âme sensible, et sensiblement triste. En comparaison avec les chansons de Léviathan ou des EP Glitter Gaze et Mars balnéaire, teintes aux sonorités sombres de la techno, les nouveaux morceaux sont lents et empreints de douceur, de tendresse même. À l’exception du monolithique « 999999999 ».

Dans le premier single « Brutalisme », « Castlemaure », « Intersaison », le ravissant « Pamplemousse » ou encore « Hyper Horloge », la mélancolie accable. Il y est souvent question des moments précédant une fin tragique, que ce soit par allusions cryptiques aux détails d’une bouteille de jus de pamplemousse ou par oppositions symboliques : la plage d’Acapulco qui sera bientôt remplacée par l’air climatisée de l’avion, l’aube qui marque la fin d’une relation nécessairement nocturne avec un hologramme. Musique, paroles et chant harmonisent d’une manière que l’on retrouve seulement chez les grands interprètes comme Claude Nougaro ou Jacques Brel.

L’ambiguïté et le désir d’un amour à contretemps

Sur Contre-Temps, le concept surplombe tout et se trouve dans chaque détail. Des sons comme le faux grésillement du vinyle ou le vocoder sur « Castlemaure » font allusion au passé en le glorifiant, alors que « Medieval Wormhole » imite un voyage dans le temps au sens premier. Les textes sont de véritables poèmes, pleins de symbolisme, d’images et de rimes qui sont porteurs de sens. Les titres sont des clés de lecture, du polyvalent « Contre-Temps » jusqu’à « 999999999 », dont le texte accompagnant sa sortie résonne avec le thème de l’album et soudainement fait sens :

Un tracé qui revient sur lui-même, une boucle qui finit par se dénouer. Une traversée transmigratoire. Des vestiges d’hologrammes qui s’adressent aux léopardiens.

L’ambiguïté et le désir font de cet album une œuvre d’art qui va au-delà du plaisir que procurent les sons, les mélodies et l’atmosphère émotionnelle qu’ils transmettent. On peut avoir un immense plaisir à déchiffrer toutes les allusions, à essayer de faire sens des références aux léopardiens et à construire une histoire d’amour à partir des fragments que représentent les morceaux. Un grain de science-fiction (Maddy l’hologramme, le « pli dans la réalité », « l’ISS à l’horizon ») pimente l’album. Même « Deadline », dont les paroles et la musique du couplet évoquent le stress d’un travail à rendre, trouve un moment de repos dans le refrain qui permet de le rattacher aux « contretemps » de la vie amoureuse.

Dansez doucement, l’humour et l’amour vaincront la tristesse et la douleur

Logiquement, l’ambiguïté qui reste même après les écoutes répétées pendant l’écriture de cette chronique assurent que le désir ne s’évade pas. Cela vaut pour les textes des deux duos, « À reculons » avec Julia Lanoë (oui, Rebeka Warrior) et « Contre-Temps » avec Bonnie Banane, odes à la beauté des duos et dialogues de couples fort amoureux. Et davantage pour la dernière chanson de l’album, « Dyade ». Alors que le titre signifie « un ensemble de deux choses », les paroles évoquent un après-midi entre amis à boire des cocktails, à écouter du Steve Reich et à jouer au jeu vidéo Need for Speed. Ultime tour joué à ceux qui cherchent à tout comprendre, et à transmettre par un petit texte les joies intransmissibles d’un album qui mérite le terme « chef-d’œuvre ».

Côté musique, le désir d’un passé glorifié mais révolu – la mélancolie – ne se fait pas sentir au premier degré. Ce sont plutôt les similarités avec d’autres troubadours chevelus comme infinite bisous ou Kevin Parker et les inspirations puisées chez Air qui en font preuve. Mais Flavien reste Flavien, l’interaction des sons avec les paroles dans des morceaux comme « Maddy la Nuit » ou « Deadline » transmet l’atmosphère qui est propre à sa musique : dansez doucement, souriez si le cœur vous pèse, l’humour et l’amour vaincront la tristesse et la douleur.

Si la carte blanche que lui a donnée la Philharmonie de Paris en juillet n’a pas suffi pour convaincre ses détracteurs, cet album est la preuve retentissante que Flavien Berger est le roi de la pop française. La douceur est le maître mot, les gentils ont gagné.

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