VICTIME : entrevue « punk »


VICTIME vient de sortir un nouvel EP, Mi-tronc, mi-jambe : véritable bijou punk. Pour l’occasion, on a demandé au trio québécois ce que le punk était pour eux, et comment il le convevait dans leur musique.


« Le punk, pour VICTIME, c’est une grande question. C’est certain que sur notre Bandcamp, on voit le tag « punk », et bien que ça nous ressemble (mieux que les autres genres musicaux au moins), on ne s’associe pas tant que ça aux idées traditionnelles qu’on peut se faire du punk. On est des personnes assez douillettes, sans trop d’agression et s’il y a à en avoir, de l’agression, elle est plutôt du genre passif et désagréable que du genre coup de poing dans le nez. L’aspect « contre-culture » devenu un peu cliché du punk, on passe un brin à côté. Loin de nous les mohawks et les vestes de cuir rabibochées où il reste plus de patchs de CRASS que de tissu original. Pas que ça ne soit pas intéressant, mais ce n’est simplement pas notre réalité, ni nos influences. Notre intérêt c’est plutôt dans la tradition du no wave et du dance punk des années 1980, particulièrement ce qui se faisait à New York, qu’on pense aux Bush Tetras, à James Chance ou aux grands noms du no wave comme Lydia Lunch ou Arto Lindsay. L’idée fondamentale est la même au final, c’est de jouer fort, de déranger, de pas trop s’en faire de bien jouer ou non, de faire les choses soi-même et d’oser pousser plus loin que ce qu’on a entendu avant.

L’idée fondamentale est la même au final, c’est de jouer fort, de déranger

Dans une chanson, les idées du punk, ça permet de partir sans canevas, de vraiment baser la chanson sur le vécu dans le moment de la composition. VICTIME, c’est un projet qui écrit très vite, du moins pour Mi-tronc, mi-jambe, l’EP qui vient de paraître, où souvent une chanson a été le fruit d’une matinée de composition sans aucun guide établi au préalable. Les micros roulent et on essaie des « riffs » et des « beats » jusqu’à ce que quelque chose colle et ensuite on itère et on réitère sur les mêmes « loops » jusqu’à ce que la chanson nous satisfasse tous. On composait le matin et on s’enregistrait en après-midi. Le fait de s’enregistrer nous-même, ça nous permet un peu de capturer des instantanés d’où on est rendus dans notre processus et de voir où on veut s’en aller sans passer des mois en studio à polir les chansons et faire des arrangements. Bien souvent, on se rendait compte qu’on tenait l’essentiel d’une chanson en quelques heures et ensuite le défi c’était surtout de la jouer assez bien pour que ce ne soit pas trop gênant une fois le tout enregistré. Les idées DIY c’est ça aussi, c’est de s’enregistrer chez soi et de ne dépendre de personne. Maintenant on a la chance d’avoir accès à des manières de s’enregistrer en haute qualité pour pas cher plutôt que de mettre une machine a ruban 4 tracks dans le coin de la pièce et espérer qu’elle ne lâche pas. C’est Simon, le guitariste, qui a mixé l’EP, notre ami Evan a fait le matriçage, et bien que ces décisions-là sont venues à nous surtout à cause de notre réalité financière, le fait d’être indépendants, de faire les choses à trois, à notre rythme a aussi compté beaucoup dans le processus.

Les idées DIY c’est ça aussi, c’est de s’enregistrer chez soi et de ne dépendre de personne.

Le punk pour nous c’est quelque chose de bien vivant, surtout dans une perspective de communauté. L’intérêt est niché un peu, c’est certain, mais la scène dans laquelle on évolue est solide et plus actuelle que jamais. On dit souvent à la blague que la moitié des gens à nos spectacles sont eux aussi dans des bands, et c’est vrai, mais aussi inévitable, parce que c’est ces gens-là qui tiennent, à bout de bras parfois, les idéaux punks et qui ont eu la folle idée d’essayer de faire ça de leurs vies. Il y a toujours eu cette fibre-là dans les sous-cultures rock, que ça soit le noise rock à la Albini des 90s ou encore le weird pop du début 2000. Ce n’est jamais parti, la volonté de faire autrement et de s’arranger tous seuls et malgré les salles qui ferment et la précarité constante associée à ces décisions-là, la communauté se porte bien. On a de la chance d’avoir pu partager la scène avec tellement de projets intéressants, on peut nommer Fet.Nat, Material Girls, Lonely Parade, Guerilla Toss, Mono No Aware, CRABE, Frigs, etc. Que ce soit des groupes qui ont 15 ou 20 ans d’existence et qui se renouvellent constamment ou encore des « jeunots » de notre espèce qui font leurs balbutiements dans la scène en amenant des idées nouvelles, tout est super excitant ! Ça foisonne de partout ! Et bien que notre œil soit surtout attiré vers Montréal, Québec, Ottawa, etc., on est certains qu’ailleurs c’est comme ça aussi. On sait qu’il y a du stock incroyable qui sort d’Atlanta, Brooklyn, Chicago, et encore, c’est seulement ce qui se rend à nos oreilles remplies d’acouphènes. »

Le punk pour nous c’est quelque chose de bien vivant, surtout dans une perspective de communauté.

crediT_LePetitRusse

Photo ©LePetitRusse


Bandcamp de VICTIME


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