À quoi ressemble le punk aujourd’hui ?


Alors que la mode va au hip-hop et l’électro, sur les scènes souterraines, les musiques rock sont de retour. Après une période math-rock, garage et psychédélique, le punk et ses sous-genres abondent. Une nouvelle vague de musiciens s’exprimant en français apparaît : punk is not dead, il suffit d’aller à sa rencontre.


Photo : Guendalina Flamini

Mouvement punk

Resituons. Qu’il soit américain avec Richard Hell ou anglais avec les Sex Pistols, le mouvement punk est né dans le dernier quart des années 1970 de contextes sociaux et économiques de crise. Il a donné un style de musique contestataire, ainsi que toute une série de codes (vestimentaires, modes de vie, attitudes…), de clichés, et de la récupération. Après le yéyé guilleret des 60s, place au cynisme des 70s. Le son punk est fort, abrasif, agressif. Dans son contenu : un discours politique ou social, une révolte contre des injustices de tout type, le tout avec force ou humour. L’idée générale : sortir des cadres conventionnels, déborder, s’exprimer en toute transparence.

En français dans le texte

La particularité de cette nouvelle vague punk, c’est que les groupes chantent en français : ils viennent de France où la langue de Molière est en vogue depuis deux ou trois ans ; du Québec, et notamment de Montréal où les scènes rock-punk underground abondent, avec comme figures de proue Guillaume Chiasson, qui a fondé avec son frère le duo punk-pop Ponctuation et qui se retrouve à la production de tout le meilleur (Jonathan Personne, Victime, Crabe…), et Benoit Poirier, qui chante dans Le monde dans le feu, joue de la basse dans Jesuslesfilles et est actuellement directeur musical de la radio CISM 89,3.

Le punk en français dans le texte est loin d’être une nouveauté ; la France des années 1970-1980 connaît un mouvement new-wave et punk : les politiquement engagés Bérurier noirs, le provocateur aux textes crus Gogol 1er…

Explosif

Après un projet expérimental/trash, le quatuor québécois JUSS propose avec leur premier EP 17 minutes une musique volcanique, énervée, proche du hardcore. Les guitares sont déchaînées, la batterie est frénétique, les paroles sont criées. On lâche tout.

« Pour nous le punk, c’est un gros doigt majeur à la politesse, la subtilité et le pseudo “bon goût” en musique. C’est le défoulement et l’énergie à l’état pur. »

Dans un style plus déstructuré, le trio québécois Victime propose une musique entre punk et noise : Laurence Gauthier-Brown pose sa voix d’une manière singulière, s’adonne à des modulations détonantes, pousse son chant jusqu’au cri ; le saxophone strident hurle, effréné, paniqué. Il faut bien cette atmosphère pesante, presque alarmante, pour aborder l’anxiété du quotidien, le refus de la réalité.

Du côté de Vesoul, les tout justes vingtenaires Truckks, plus proches de la noise, offrent des lives très propres, aux sets carrés ; seule l’énergie de leurs jeunes corps déborde : les visages se déforment, les corps sont poussés hors d’eux, hors de la scène.

Ironique, expressif, poétique

La fin des années 1970 voit le succès planétaire de Plastic Bertrand avec “Ça plane pour moi”, un tube qui pastiche le punk et que l’industrie de la musique veut reproduire à tout prix. S’ensuit alors une série de chansons, de pastiches de pastiche : c’est l’exploitation punk, un phénomène de récupération désolant. Carambolage, groupe né de différents musiciens rennais (dont les Kaviar Special), propose un premier EP dans cette veine, tout en le moquant : il caricature, tape dans l’humour et les légendes urbaines.

Le punk va se retrouver verbalement dans des dérivés du genre, comme le garage-punk des Pogo Car Crash Control qui évoquent, avec une énergie considérable, ce qui les gêne profondément dans la société, et abordent sans détour le suicide, la dépression, le mal-être. Ou dans le synth-punk des Rennaises Periods, un trio qui soulève les inégalités femmes-hommes, qui parle du corps des femmes et de leur biologie.

« On parle de sujets qui nous touchent sans aucune retenue, parce que cela fait du bien et que pendant des années nous devions juste être belles et fermer nos gueules. »

C’est sur une batterie tabassée et des rifs énervés que Crabe hurle leurs textes poétiques. Le duo québécois s’exprime en images sur un parler moderne pour un résultat si beau et sauvage.

Attitude

USé, alias Nicolas Belvalette, est une des personnes les plus punk du moment. Son album Selflic dans lequel il évoque, entre autres, le sujet de la surutilisation par les forces de l’ordre des armes et de la violence, le place dans la ligne contestataire. Plus que des mots, une position : un jour, il se pointe à la préfecture, « Bonjour, j’aimerais me présenter pour être maire ». Pour la petite histoire, l’artiste tenait une salle de concert, l’Accueil froid à Amiens ; la municipalité la fait fermer, sans raison apparente. Suit, en conséquence, sa candidature aux élections municipales, la création d’un parti et une campagne qui fait de l’ombre aux politiques locaux, au point de tenter de le faire taire. Nicolas est convoqué à un conseil général pour le « raisonner » et, coïncidence, s’ensuit la suspension de son RSA pendant 5 mois. L’histoire se termine avec 10 000 voix aux élections, une popularité croissante : les politiques se doivent de faire un pas vers M. l’intouchable ; la salle ouvre à nouveau, victoire. Fin de la répression, la libre expression peut reprendre.

Aujourd’hui, c’est quoi le punk ?

Le mouvement punk a fêté en 2017 ses 40 ans, et bien que l’on décrétât si rapidement sa mort, son esprit survit et frappe à des moments précis, dans des contextes particuliers de crises personnelles ou nationales où il devient nécessaire de se purger de tout ce que l’on retient en soi, que ce soit par le son, la voix ou les mots.

Pour Benoit Poirier, le punk est « des vestiges d’attitude et un plaisir insolent, définis par rapport à une institution donnée ; un élément historique dont les aphorismes sont aisément appropriés ». Rémi de Carambolage partage cette vision :

« Je pense d’abord à la musique : la simplicité, la spontanéité et l’énergie, qui priment sur la virtuosité. Les vraies personnes “punk” (bien que le terme tellement usé ne veuille plus dire grand-chose) sont celles qui rejettent le système actuel sans hésiter à transgresser quelques lois et principes, et sont cohérentes avec leurs idées dans tous les domaines. »

Le punk, c’est aussi un objet scientifique qui donne réflexion aux universitaires : dans une vidéo du CNRS publiée en partenariat avec Le Monde, on peut voir des chercheurs en quête du punk et de ses vestiges, avec comme discours, le constat de l’extinction de cette contre-culture et le besoin de préserver ce patrimoine culturel.

Or ce dernier est bien vivant, il a simplement mué. Pour Periods, « c’est un état d’esprit. Un film peut-être punk ou même une peinture ». Il ne va (presque) plus se trouver dans les clichés de jadis, mais dans des comportements, des modes de vie/pensée. Comme le dit si justement Victime :

« il se trouve dans les idées DIY , le fait de s’enregistrer chez soi et de ne dépendre de personne. […] L’aspect contre-culture, devenu un peu cliché, on passe un brin à côté. Loin de nous les mohawks et les vestes de cuir rabibochées où il reste plus de patchs de CRASS que de tissu original. Pas que ça ne soit pas intéressant, mais ce n’est simplement pas notre réalité, ni nos influences. L’idée fondamentale est la même au final, c’est de jouer fort, de déranger, de pas trop s’en faire de bien jouer ou non, de faire les choses soi-même et d’oser pousser plus loin que ce qu’on a entendu avant. »

Être punk, c’est savoir exploser les formes, faire fi du préétabli, vivre l’instant présent intensément.

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