Rabot Adrien Girault - Soubresaut

ADRIEN GIRAULT : Rabot, un roman taillé au couteau


Adrien Girault façonne Rabot, son premier roman aux éditions de L’Ogre. Plongez dans un roman noir envoûtant.


Rabot Adrien Girault - SoubresautRabot d’Adrien Girault déconcerte dès les premières pages tant l’écriture est dense, soucieuse des détails, introduisant progressivement une tension toute cinématographique. Sans volonté de prélude, l’auteur inscrit ses personnages – un garde champêtre, le narrateur, sa mère et sa grand-mère – dans un réalisme pesant où la banalité des gestes se mêle aux conversations, sans jamais les dissocier : « Elle me tend un moule, goûte, goûte, mon petit, avec dedans un dessert aux cerises sorti du four laissé ouvert. » Il n’y a de place que pour le commun, comme si les personnages se muraient dans les non-dits à l’exception de la disparition mystérieuse de Granvader, le frère du narrateur. Quand toque aux carreaux un sombre visiteur, c’est toute leur histoire familiale qui ressurgit : la mort du père, les disparitions inquiétantes, les déviances de la chasse sous l’ombre d’un Comte, la fuite du village.

En prévision de mes actes à venir, j’hésitais sur la manière de me comporter, […] on expliquera en baissant la voix, après ma disparition, moi je l’ai vu peu de temps avant, ça n’allait pas fort, pas fort du tout le garde champêtre, il m’a paru pâle comme un linge.

La deuxième partie de Rabot plonge justement dans la fuite du narrateur, vers un ailleurs inaccessible et incertain. L’auteur confronte alors la traque à un style poétique où la bestialité prend tout son sens : le narrateur apparaît d’abord comme une proie qui « [suit] les jappements comme des rappels à la lune », puis comme un chasseur. Il n’est plus question de rapports humains, mais d’un rapport animal à l’animal, dans toute l’animosité que cette posture implique : « La dévastation est partout, les chairs sont à vif. Je suis un chasseur. » En rencontrant un groupe d’individus dans le paysage chaotique – opposition brutale avec la première partie –, Adrien Girault introduit l’appartenance à une communauté et l’allégorie de la sécurité commune. Pourtant, loin de proposer une échappatoire, l’auteur taille dans le récit une inéluctabilité tragique propre au roman noir : « le calme qu’ils promenaient sur la fatalité me faisait le plus grand bien ».

Rabot d’Adrien Girault crée un sillon duquel s’élève ambiguïtés et doutes, dont nous ne pouvons qu’être aux aguets.

Comprendre comment une nuit on rentre chez soi, avec sa femme, ses deux enfants qui font une vie, comment on regarde la télévision ou comment on lit ou bricole, comment on va se coucher, et comment on ressort, au milieu de cette même nuit qui appartient à cette même femme et à ces mêmes enfants qui font une vie, comment on en ressort, porté par des bras inconnus, allongé dans l’air.


Site des éditions de l’Ogre


 

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